Semaine ULaval pour toujours: portrait de Marie-Anik Shoiry, diplômée
14 octobre 2025
Dans le cadre de la Semaine ULaval pour toujours, la Faculté de droit vous propose une série de portraits de juristes qui se sont brillamment illustrés dans leur communauté. Par leur engagement, leur implication et leur initiative, ces diplômées et diplômés continuent d’influencer positivement la société jour après jour.
Depuis ses études en droit à l’Université Laval, Marie-Anik Shoiry suit le même fil conducteur dans sa vie professionnelle: celui d’aider sa communauté et de contribuer positivement à la société.
Elle a d’abord exercé comme avocate en pratique privée avant de se joindre à iA Auto et Habitation, où elle a œuvré pendant plus de douze ans comme conseillère juridique, puis comme gestionnaire. Animée d’un profond désir d’engagement social, elle a progressivement orienté sa carrière vers des projets à impact collectif, cherchant à mettre son expertise au service du bien commun.
Aujourd’hui à la tête de l’organisme Le Reflet, elle incarne une nouvelle forme d’entrepreneuriat: humaine, ancrée dans la communauté et guidée par la conviction que le droit peut être un levier de changement social. Son parcours illustre à merveille comment la formation juridique peut nourrir des trajectoires diverses, mais toujours porteuses de sens.
Votre cheminement professionnel sort un peu des sentiers battus. Qu’est-ce qui vous a motivée à explorer cette voie?
J’ai toujours eu à cœur de m’impliquer dans ma communauté et de faire une différence positive. C’est dans cet esprit que j’ai lancé un projet bénévole – anciennement Vide ta sacoche, aujourd’hui nommé Le Reflet – qui visait à récolter des produits d’hygiène et de cosmétiques pour les redistribuer. Au départ, le projet visait principalement les femmes vulnérables, mais j’ai commencé à recevoir des demandes pour d’autres clientèles, comme les jeunes ou les familles en situation de précarité. Le projet a pris beaucoup d’ampleur, plus que je ne l’imaginais, et j’ai réalisé qu’il n’existait aucun organisme dédié à répondre à ce besoin essentiel.
En 2020, j’ai donc fondé un OBNL pour structurer le projet, assurer sa pérennité et développer sa mission. Depuis, j’y consacre tout mon temps. Je me définis comme une entrepreneure sociale, et même si je ne pratique plus comme avocate, ma formation en droit me sert beaucoup. J’ai toujours dit que le droit mène à tout! Par exemple, tout le volet de la gouvernance, la gestion des partenariats, la gestion des ressources humaines… Quand tu fondes un OBNL, c’est sûr qu’il y a un volet légal à tout ça.
Mes choix de carrière ont toujours été guidés dans le souci d'aider ma communauté, d'aider les gens qui m'entourent. C'est ce qui m'a motivé à aller en droit: le fait de représenter les intérêts de mon client, de l'aider, de le rassurer, de l'accompagner. Certains ont trouvé mon choix audacieux – quitter un emploi stable, de bonnes conditions – mais j’ai suivi ma petite voix intérieure. Je voyais un besoin réel et j’avais envie de relever le défi.
Quels défis particuliers avez-vous rencontrés pendant votre parcours?
Le plus grand défi, c’est sans contredit le financement. La précarité hygiénique, c’est une réalité alarmante, mais souvent oubliée. Nous avons collaboré avec la firme Léger pour réaliser un sondage qui nous a révélé que 34% des gens ont de la difficulté à se procurer des produits essentiels dans le contexte économique actuel. Chez les jeunes de 18-34 ans, c’est 48%. Nous n’avons pas de subventions récurrentes ni de financement gouvernemental pour Le Reflet, alors il faut innover et trouver des solutions, des moyens créatifs pour poursuivre notre mission.
Un autre défi, plus personnel, mais vécu par plusieurs entrepreneurs, c’est l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Je suis extrêmement engagée et investie dans l'organisme. Je ne compte pas mes heures, et c’est parfois difficile de mettre des limites. J’ai trois enfants, mais ce projet-là, c’est un peu comme mon quatrième!
Y a-t-il une réussite dans votre parcours professionnel dont vous êtes particulièrement fière?
Je suis fière d’avoir osé plonger dans le vide pour créer Le Reflet et de voir tout ce qu’on a accompli depuis la création de l’organisme. Au début, certains étaient un peu sceptiques de mon projet, mais aujourd’hui, je constate l’impact réel qu’on a dans la communauté.
Je ressens énormément de gratitude envers toutes les personnes qui s’impliquent: plus de 100 bénévoles chaque année, des partenaires, des donateurs, des ambassadrices et ambassadeurs. Voir cette mobilisation collective, c’est un grand «wow» pour moi. Ensemble, on peut vraiment améliorer le bien-être de notre communauté.
Comment décririez-vous votre contribution à la société dans votre rôle actuel?
J’ai eu la chance d’être privilégiée dans ma vie: une famille aimante, des études accessibles, un parcours sans embûches majeures. Je n’ai jamais manqué de rien. Mais mes expériences des dernières années m’ont clairement démontré que ce n’est pas tout le monde qui a cette chance.
Pour moi, c’est une responsabilité de redonner une partie de ce que j’ai reçu. Je vois mon rôle comme celui d’une entrepreneure sociale. Mon but, c’est d’améliorer la qualité de vie des gens de ma communauté. C’est une façon très concrète de contribuer à une société plus juste et c’est ce qui donne un sens à mon engagement.
Qu’est-ce que votre passage à l’Université Laval a représenté pour vous?
J’ai adoré mes années universitaires! J’y ai rencontré des amis qui sont encore aujourd’hui très présents dans ma vie. J’ai aussi eu la chance de participer au concours de plaidoirie Pierre-Basile-Mignault et à la Simulation des Nations Unies. C'était un parcours riche en apprentissages et en rencontres.
Je garde un très fort sentiment d’appartenance à l’Université Laval. J’y retourne souvent pour assister à des matchs du Rouge et Or, ou encore pour profiter des installations sportives avec mes enfants. Et maintenant, avec Le Reflet, je collabore concrètement avec la communauté universitaire. Des ambassadrices du Rouge et Or font des collectes de dons pendant les matchs sportifs. On contribue aussi à fournir des produits hygiéniques à la Table du pain, un projet étudiant qui distribue des denrées alimentaires aux étudiantes et étudiants vivant une situation de précarité financière. L’Université Laval fait toujours partie de ma vie, même si je ne suis plus étudiante.
Lorsque vous repensez à vos années à la Faculté de droit, y a-t-il un souvenir heureux, une rencontre ou une expérience qui vous a particulièrement marqué?
Le concours de plaidoirie Pierre-Basile-Mignault, c’était une très belle expérience. Je suis vraiment sortie de ma zone de confort, mais je suis contente de l’avoir fait. Je me revois à la bibliothèque avec mes collègues, en train de faire de la recherche et de rédiger notre mémoire, puis de plaider… On avait eu la chance de pratiquer notre plaidoirie devant l’honorable Claire L’Heureux Dubé, juge de la Cour suprême du Canada. C’était intimidant, mais c’était une très belle expérience formatrice. Et puis, au-delà des études, ce sont surtout les amitiés que j’ai tissées pendant ces années-là. Certaines de ces personnes font encore partie de ma vie aujourd’hui.
Quel conseil donneriez-vous aux étudiantes et étudiants qui souhaitent suivre vos traces?
Je dirais: impliquez-vous dans votre communauté, le plus tôt possible. C'est extrêmement enrichissant, ça donne un sens et ça nous ouvre les yeux sur d’autres réalités. Même quelques heures de bénévolat peuvent avoir un impact énorme – pour les autres, mais aussi pour soi, parce qu’on devient de meilleures personnes et de meilleurs juristes. Selon moi, l’implication sociale complète merveilleusement bien la formation universitaire.