Semaine ULaval pour toujours: portrait de Marc-André Dowd, diplômé

15 octobre 2025

Dans le cadre de la Semaine ULaval pour toujours, la Faculté de droit vous propose une série de portraits de juristes qui se sont brillamment illustrés dans leur communauté. Par leur engagement, leur implication et leur initiative, ces diplômées et diplômés continuent d’influencer positivement la société jour après jour. 

Depuis ses débuts, c’est la défense des droits des personnes qui pousse Marc-André Dowd à donner le meilleur de lui-même dans sa vie professionnelle. Ce diplômé en droit de l’Université Laval a amorcé son parcours au Conseil permanent de la jeunesse, où il a occupé le poste de vice-président dès la fin de son baccalauréat. Il a ensuite consacré plus de 25 ans à la promotion et à la protection des droits fondamentaux des Québécoises et Québécois.

Avocat, gestionnaire, chargé de cours et communicateur engagé, Marc-André Dowd a œuvré à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse ainsi qu’au Commissaire à la déontologie policière. Il a également travaillé au service du Protecteur du citoyen, où il a d’abord occupé la fonction de vice-protecteur avant d’être élu, à l’unanimité, protecteur du citoyen du Québec. Son parcours incarne la conviction qu’un droit clair, simple et humain est au cœur d’une saine société démocratique.

Votre cheminement professionnel sort un peu des sentiers battus. Qu’est-ce qui vous a motivé à explorer cette voie?

Je dirais que j’ai eu envie assez tôt d’aller au-delà de la pratique traditionnelle. J’ai découvert, dès mon passage au Conseil permanent de la jeunesse, à quel point j’aimais la gestion, le travail d’équipe, la définition d’une vision et la mobilisation des gens autour d’un objectif commun.

J’ai aussi toujours eu un intérêt marqué pour les questions touchant les populations vulnérables. À la Commission des droits, comme à la déontologie policière, j’ai travaillé avec des personnes souvent en situation de fragilité, et j’ai toujours voulu que nos mécanismes de recours soient réellement accessibles. Pour moi, simplifier le droit, le rendre clair et compréhensible, c’est fondamental: ce n’est pas parce qu’un texte est juridique qu’il doit être compliqué.

Quels défis particuliers avez-vous rencontrés pendant votre parcours?

J’ai occupé assez jeune des postes à haut niveau: vice-président du Conseil permanent de la jeunesse à 23 ans, président par intérim de la Commission des droits dans ma jeune trentaine… Ça amenait son lot de défis particuliers. Je me souviens d’une rencontre officielle en France où mon vis-à-vis cherchait le président de la Commission – il ne pouvait pas croire que c’était moi!

Un autre grand défi a été de me réorienter en milieu de carrière. Après mon mandat de vice-protecteur du citoyen, j’étais en profond questionnement. Je me demandais si je voulais continuer dans l’administration publique ou explorer autre chose. J’adorais enseigner – j’ai donné plusieurs charges de cours en droit constitutionnel, en droit administratif et en droits et libertés de la personne. 

Je me suis donc inscrit au doctorat en droit à l’Université Laval, à temps plein, tout en enseignant. J’ai vraiment eu du plaisir à suivre les cours et les séminaires… mais, quand est venu le temps d’écrire la thèse, j’ai trouvé ça beaucoup plus difficile. C'était de longues journées de lecture, de rédaction, très solitaire. Je me suis rendu compte que la recherche n’était pas ce qui me stimulait le plus et que l’action me manquait. J’ai donc pris la décision de quitter les bancs universitaires sans terminer ma thèse pour retourner au gouvernement.

Cette période de réflexion a été déterminante. Elle m’a permis de valider ce que je souhaitais pour la deuxième partie de ma carrière. Cette réorientation m’a permis de mieux me connaître et de confirmer que ce que j’aime profondément, c’est gérer, mobiliser des équipes et agir concrètement pour améliorer les choses. 

Y a-t-il un moment ou une réussite dans votre parcours professionnel dont vous êtes particulièrement fier, et pourquoi?

Oui, un dossier que j’ai piloté à la Commission des droits de la personne m’a particulièrement marqué. On constatait à l’époque des manifestations de discrimination et de violence envers les personnes gaies. Le président m’avait confié la présidence d’un groupe de travail sur les obstacles à l’égalité pour les personnes LGBTQ+ dans les services publics.

Au départ, le dialogue était difficile entre les ministères et les organismes communautaires – mais, en travaillant ensemble pendant deux ans, on a réussi à bâtir un rapport solide. Ce rapport a mené à la première politique gouvernementale de lutte contre l’homophobie au Québec, adoptée à 90% à partir de nos recommandations. Ça a été extrêmement gratifiant de voir l’impact de notre travail déboucher sur une politique publique concrète.

Comment décririez-vous votre contribution à la société dans votre rôle actuel?

Je souhaite faire du Protecteur du citoyen un recours simple, humain et sans formalisme. Trop souvent, les gens ont du mal à parler à une vraie personne quand ils veulent régler un problème avec l’État. Mon objectif, c’est que, quand quelqu’un nous appelle, un être humain lui réponde rapidement, qu’on établisse un contact et qu’on l’accompagne dans ses démarches. Dans toute la complexité de l’appareil public, notre rôle, c’est d’aider les citoyennes et citoyens à s’y retrouver et de nous assurer que leurs droits sont respectés.

Qu’est-ce que votre passage à l’Université Laval a représenté pour vous?

J’ai eu un excellent enseignement, mais à l’époque de mon baccalauréat, je trouvais mes cours très théoriques et j’avais de la difficulté à comprendre l’impact que ça pouvait avoir concrètement. Aujourd’hui, je fais du droit administratif depuis plus de vingt ans et je comprends toute la portée de ce qu’on m’enseignait.

C’est sûr que, dans les années 1990, l’approche pédagogique était plus traditionnelle. J’ai trouvé la première année aride, mais dès que j’ai eu des cours plus sociaux – comme en droit de l’enfance – j’ai retrouvé du plaisir. J’avais même hésité à changer pour un programme en communication à l’UQAM! Finalement, j’ai persévéré, et je suis très heureux d’avoir choisi le droit: c’est un bagage qui m’a servi toute ma vie.

Lorsque vous repensez à vos années à la Faculté, y a-t-il un souvenir ou une rencontre marquante qui a influencé votre parcours?

Oui, deux professeures ont eu une grande influence sur moi. D’abord, la professeure Gisèle Côté-Harper, en droit pénal, avec qui j’ai travaillé comme auxiliaire: elle m’a impressionné par sa rigueur et son intelligence, et elle m’a transmis le goût du droit pénal. L’autre, c’est la professeure Ann Robinson, qui donnait le cours La femme et le droit. Son approche critique et féministe du droit m’a ouvert de nouvelles perspectives: elle m’a appris qu’on peut interroger le droit, le remettre en question, et réfléchir à ses effets sociaux. 

Aujourd’hui encore, ces influences me rejoignent beaucoup, notamment à travers les travaux de professeures comme Christine Vézina, qui a d’ailleurs dirigé mon projet de thèse lorsque j’étais au doctorat.

Quels conseils donneriez-vous aux étudiantes et étudiants actuels?

Allez chercher de l’expérience concrète et impliquez-vous! Par exemple, au Protecteur du citoyen, nous accueillons plusieurs étudiantes et étudiants en droit dans nos équipes d’enquête, et c’est extrêmement formateur. Mais il y a aussi des cliniques juridiques, d’autres emplois étudiants en droit... Ces expériences permettent d’appliquer la théorie, de comprendre à quoi sert le droit dans la vraie vie et de développer une sensibilité humaine essentielle à notre profession. Bref: faites éclater la théorie, allez voir le droit en action!