Portrait du mois de mai: Antoine Comont, doctorant
24 mai 2024
Féru de politique, Antoine Comont tient à s’impliquer dans ce domaine, surtout à l’approche imminente des élections européennes, dans quelques jours à peine. Actuellement en France où il poursuit ses études en cotutelle avec l’Université de Bordeaux, le doctorant participe donc à des réunions publiques pour motiver les électeurs à exercer leur droit de vote. «Je trouve important de se mobiliser, d’inciter les gens à voter et d’affirmer ainsi qu’on partage les valeurs de l’Union européenne, mais sans forcément faire de partisanerie», confie l’étudiant d’origine normande qui, adolescent, envisageait d’étudier en science politique.
Même s’il a finalement opté pour le droit, Antoine Comont reste attaché à la politique et aux affaires publiques, un intérêt d’ailleurs bien perceptible dans le choix de son sujet de thèse: les négociations commerciales entre les États au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). «C’est mon esprit de contradiction qui m’a amené à m’intéresser à l’OMC, dit-il en riant. En raison des difficultés qu’a connues cette organisation, les États s’en sont détournés petit à petit, et conséquemment les théoriciens du droit aussi. Je me donc suis dit: pourquoi ne pas être de ceux qui essaient de trouver des moyens pour inciter les États à continuer de négocier dans une organisation en crise?»
Son esprit de contradiction semble bien le servir…
En quête d’expériences internationales
Après une licence en droit français et en common law à la Faculté des affaires internationales de l’Université Le Havre Normandie, Antoine Comont souhaitait donner une dimension plus internationale à sa formation. Il s’est donc inscrit au diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en droit à l’Université Laval. Après une session, les professeurs Richard Ouellet et Olivier Delas l’encouragent à s’inscrire au bidiplôme en droit des relations transatlantiques, offert conjointement par l’Université Laval et l’Université de Bordeaux. Pour son mémoire, il choisit d’étudier l’incidence de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne sur le commerce international.
«Je partage l’idée du Canada et de l’Union européenne qui envisagent le commerce comme un levier social. Grâce au commerce, on peut obtenir des États des engagements et des concessions sur certaines questions fondamentales comme la protection des droits de l’homme, de la démocratie et de l’environnement. Ce n’est pas parfait. Mais c’est précisément parce que c’est imparfait que c’est si intéressant pour un juriste. Et puis, ça crée quand même des retombées positives significatives. Je trouve que c’est un beau défi, non seulement en tant que juriste, mais aussi en tant qu’individu», déclare-t-il.
Mais bien sûr de tels accords bilatéraux ou régionaux ont leurs limites. «C’est bien beau que le Canada et l’Union européenne prennent des engagements environnementaux, mais si plus de 150 États restent en marge de ces engagements, les retombées réelles restent marginales», mentionne Antoine Comont pour expliquer comment il en est venu à s’intéresser davantage à l’OMC.
Selon lui, l’OMC, malgré ses lacunes, demeure encore la meilleure option pour négocier des accords commerciaux. «Maintenant, l’OMC prône une autre approche, qui me semble beaucoup plus efficace que le multilatéralisme. Avant, pour qu’un accord soit conclu, il fallait que tous les États soient d’accord. Or, les États ne sont pas prêts à avancer à la même vitesse sur des enjeux globaux, comme l’environnement, les conditions sanitaires, la concurrence, les droits des travailleurs, etc. Maintenant, plutôt que de ne pas avoir d’accord du tout, l’OMC encourage de petits groupes de pays à négocier des ententes, qui demeurent ouvertes à l’adhésion éventuelle d’autres États, ce qui les différencie des accords bilatéraux traditionnels comme l’AECG. C’est une belle solution pour contrer la crise du multilatéralisme», soutient le doctorant, qui s’intéresse à cette question dans sa thèse codirigée par le professeur Richard Ouellet, titulaire de la Chaire de recherche sur les nouveaux enjeux de la mondialisation économique (NEME), et le professeur Alexis Marie, directeur du Centre de recherche et de documentation européennes et internationales.
De beaux projets avec la chaire de recherche NEME
Très engagé dans les activités de la Chaire de recherche sur les nouveaux enjeux de la mondialisation économique, Antoine Comont a eu la chance de participer aux deux premiers colloques étudiants de la Chaire, la première fois comme conférencier et la seconde fois comme modérateur. Il aussi eu l’occasion de présenter quelques conférences lors de colloques internationaux, notamment à Nicosie et à Sfax en avril ainsi qu’à Hanoï en décembre. Dans quelques jours, il prononcera aussi une communication à la Sorbonne, à Paris.
À son initiative, la Chaire de recherche NEME a été accréditée pour assister à la dernière conférence ministérielle de l’OMC, qui s’est tenue à Abou Dabi du 26 février au 2 mars 2024. «C’est un événement bisannuel très important où sont réunis les ambassadeurs et les ministres du commerce de tous les États membres de l'OMC. J’ai assisté à cet événement avec Richard Ouellet, Van Anh Ly, la directrice adjointe de la Chaire, et Carla Gomez, une étudiante qui fait, elle aussi, un doctorat en cotutelle avec l’Université de Bordeaux», raconte-t-il. Le 14 mai, les deux doctorants ont présenté à l’Université Laval la conférence «Résultats de la 13e Conférence ministérielle de l’OMC à Abou Dabi: récits et analyses», dans laquelle ils ont raconté leur expérience aux Émirats arabes et exprimé leurs idées sur cette rencontre internationale aux résultats mitigés.
Passionné de sport et de voyage
Antoine Comont aime visiblement bouger. «J’ai joué au basketball à un niveau assez élevé, et je continue aujourd’hui à faire du sport, mais seulement en amateur», révèle l’étudiant qui apprécie aussi suivre l’actualité sportive, notamment celle liée au basketball, au football et au tennis.
Et il bouge aussi sur le plan géographique, et pas seulement pour visiter ses deux universités. «J’ai profité, dit-il, de mon séjour à Québec pour visiter un peu l’Amérique du Nord. Récemment, je suis allé à Lisbonne avec ma conjointe et, cet été, nous avons l’intention de nous rendre à Malte et à Londres.» Quelles sont ses destinations coup de cœur? «J’ai beaucoup aimé Hanoï. Et j’ai un penchant pour les pays du bassin méditerranéen, surtout la Grèce, la Turquie et Chypre. Ce sont des pays avec tellement d’histoire, on y voit de si beaux vestiges de l’Antiquité», s’exclame-t-il.
Cette passion des voyages pourrait bien être conjuguée avec la carrière qu’il envisage de mener au terme de son doctorat. «Contrairement à la plupart des gens qui font des études doctorales, je ne vise pas devenir théoricien du droit ou professeur. J’ai plutôt envie d’être un praticien. En fait, j’aimerais travailler pour une organisation internationale, idéalement l’OMC», confie-t-il, admettant préférer appliquer de manière concrète les savoirs.
Cette volonté de mettre en pratique ses connaissances se traduit également par la rédaction de textes publiés dans la presse générale ou sur des blogues accessibles au grand public. «Oui, c’est bien d’écrire des articles scientifiques pour ses pairs, mais ils ne seront lus que par des spécialistes. Je pense qu’il est du devoir des experts universitaires de mettre aussi leur savoir au service du public. Je mets un point d’honneur à vulgariser certaines idées et à sensibiliser les gens aux enjeux du commerce international», conclut le doctorant.
Pour lire les textes de vulgarisation d’Antoine Comont:
- Guest Post: Back from the WTO MC13 – A brief report and some remarks from four scholars who were in Abu Dhabi
- Guest Post: MC13: Is it the last chance to save the WTO?
- Conférence ministérielle de l'OMC à Abu Dhabi: la dernière chance pour sauver l'OMC
- Rejet du CETA par le Sénat: une victoire de la politique sur le droit
- Rejet du CETA par le Sénat: opportunisme politique ou triomphe du dogmatisme?