Penser l’intégrité publique pour mieux comprendre la démocratie - portrait de Jordan Mayer, doctorant
1 mai 2026
Originaire du Témiscamingue, Jordan Mayer a grandi dans une région emblématique par ses grands espaces et sa distance géographique vis-à-vis des centres décisionnels de l’État. Très tôt, il a développé un vif intérêt et un regard critique sur les institutions publiques et leur fonctionnement. Adolescent, il suivait avec attention les travaux de la Commission Charbonneau, marquée par les scandales révélés et par les questions fondamentales qu’ils soulevaient sur l’éthique, la confiance du public et la responsabilité des institutions démocratiques.
À cette époque, son projet professionnel était pourtant tout autre : Jordan envisageait une carrière en pharmacie, animé par le désir concret d’améliorer le quotidien des gens. Ce sont finalement des expériences déterminantes lors de ses études au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, campus de Rouyn-Noranda — notamment sa participation à des simulations parlementaires à l’Assemblée nationale — qui l’amènent à s’intéresser davantage aux sciences humaines et au monde politique. Ce premier contact avec le milieu parlementaire agit comme un véritable déclencheur.
Hésitant entre la philosophie, la science politique et le droit, il finit par s’inscrire en droit, presque sur un coup de tête, encouragé aussi par le fait que sa petite sœur se dirigeait déjà dans ce domaine. Issu d’une famille pour laquelle l’éducation et l’engagement professionnel occupent une place centrale — sa mère est retraitée de l’enseignement en musique et son père travaille pour le Mouvement des Caisses Desjardins —, il trouve rapidement sa voie.
Un moment charnière de son parcours au 1er cycle survient lors d’un cours en droit pénal dans lequel les étudiants doivent rédiger un jugement fictif suivant de réelles audiences de la Cour d’appel à la Faculté de droit. Cette expérience confirme son intérêt pour les institutions judiciaires et leur rôle dans l’équilibre démocratique. Dans la foulée, après son baccalauréat, il effectue son stage de l’école du Barreau et travaille comme avocat-recherchiste auprès du juge Simon Ruel, une immersion marquante qui lui permet de saisir concrètement les enjeux liés au rôle important du pouvoir judiciaire. Avant son passage à la Cour d’appel, il est aussi étudiant en droit auprès du Commissaire à l’éthique et à la déontologie, consolidant ainsi son intérêt pour les mécanismes d’intégrité publique.
Aujourd’hui doctorant en droit, Jordan Mayer mène une thèse en cotutelle avec l’Université de Liège en Belgique, sous la direction des professeurs Patrick Taillon et Frédéric Bouhon. Son projet de recherche, résolument interdisciplinaire, s’inscrit à la croisée du droit, de l’éthique appliquée, de l’administration publique et de la science politique.
Sa question centrale est à la fois précise et ambitieuse: existe-t-il un véritable droit de l’intégrité publique au Québec?
Pour y répondre, sa thèse se structure en trois grandes parties: d’abord, comprendre les contextes historiques et politiques qui ont mené à la création des institutions d’intégrité publique; ensuite, analyser les lois qui les encadrent, leur fonctionnement et leur indépendance; enfin, réfléchir aux pistes d’amélioration possibles. À mi-parcours de son doctorat, Jordan s’intéresse tout particulièrement aux incidences pratiques de la recherche, tant dans la production des connaissances que dans leur réception par les institutions.
Pour lui, l’importance de ce sujet dépasse largement le cadre académique. «Ça peut paraître niché, reconnaît-il, mais si l’éthique et les institutions démocratiques ne fonctionnent pas, beaucoup de choses s’écroulent.» Sa recherche vise ainsi à nourrir une réflexion de fond sur la confiance du public et la solidité des structures démocratiques.
Son passage à la Faculté de droit est marqué par un attachement très fort. Il y décrit un environnement extrêmement dynamique, caractérisé par un échange constant entre la recherche et le terrain. Implications étudiantes, collaborations et vie intellectuelle y occupent une place centrale. Jordan est notamment engagé au sein du Centre d’études en droit administratif et constitutionnel, de l’Institut d’éthique appliquée et de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, des espaces qui nourrissent son sentiment d’appartenance à une communauté académique vivante.
Passionné par l’enseignement, il apprécie aussi la diversité des opportunités offertes au doctorat, qui lui permet d’avancer «par projet», au rythme des questions qui émergent. À long terme, il aspire à devenir professeur ou à intégrer la fonction publique, deux milieux où recherche et action se rejoignent.
Aux personnes qui amorcent un doctorat, Jordan offre un conseil empreint de lucidité: se donner le droit et le temps d’explorer. «Le doctorat, c’est aussi un moment pour réfléchir plus longuement, sans précipitation.»
En dehors de ses travaux de recherche et d’enseignement, Jordan trouve son équilibre dans la pratique du piano et du karaté, qu’il pratique depuis un tout jeune âge — deux activités qui, à leur manière, lui permettent de se recentrer et de cultiver le plaisir, autant que la maîtrise de soi.