L’ambition de changer les choses: portrait de Mamadou Aliou Cissé, doctorant
2 février 2026
De la Guinée jusqu’au Québec, Mamadou Aliou Cissé rêve en grand. Doctorant en droit, il veut influencer, participer à quelque chose de plus grand que lui et, surtout, contribuer à changer les choses. Que ce soit par une carrière en enseignement, en recherche ou dans une juridiction internationale, il souhaite faire de la question des droits de la personne une priorité.
Les racines d’une vocation universitaire
Dès son plus jeune âge, Mamadou a été attiré par une carrière universitaire en droit. Son père, policier, ainsi que son oncle, professeur des universités, lui transmettent leur passion pour la justice et l’enseignement.
C’est pourquoi, une fois sa licence en droit obtenue à l’Université Barack Obama, Mamadou entreprend une formation en pédagogie de l’enseignement. Il fait ses débuts en enseignement dans les écoles secondaires privées en Guinée, essentiellement en histoire et en français. Parallèlement, l’Université Barack Obama le garde dans ses rangs en raison de l’excellence de son dossier. Il travaillait étroitement avec le chef du département de droit en tant qu’auxiliaire d’enseignement. «Je l'assistais à la fois dans ses charges d’enseignement et dans ses charges administratives», se rappelle-t-il. Entre-temps, il poursuit également son master en droits de l’homme et en droit humanitaire à l’Université Général Lansana Conté, à temps partiel.
Un an plus tard, le chef du département de droit est promu au sein d’une autre institution et quitte l’université. Du haut de ses 22 ans, Mamadou reprend le flambeau de son mentor et devient directeur de programme par intérim. «J'étais très chanceux d'être à cette place-là, à ce moment-là dans ma vie. C’était spécial, j’étais désormais collègue avec les professeurs qui m'avaient enseigné il n’y a pas si longtemps».
Quand la recherche s’impose comme une évidence
L’idée de poursuivre son parcours à l’Université Laval lui vient de son oncle. Il l’encourage à continuer de se former en allant chercher d'autres diplômes à l’international. «Mais, à l'époque, je ne comprenais rien du système à l'Université Laval», dit Mamadou en riant.
Le jeune homme dépose donc une première demande d’admission pour un diplôme d’études supérieures spécialisées en droit. La conseillère à la gestion des études de l’époque examine son dossier et l’avise qu’il serait admissible à la maîtrise en droit s’il le souhaite. Mamadou accepte la proposition, lui qui était déjà directeur de programme en Guinée. Une fois arrivé, il s’aperçoit qu’il existe également la maîtrise en droit avec mémoire, un programme davantage axé sur la recherche et qui l’intéresse encore plus. Après quelques discussions, il réussit à y être admis sous la supervision du professeur Olivier Delas.
«Comme j’avais déjà beaucoup d’expérience, je ne voulais pas seulement suivre des cours: je voulais faire de la recherche», se souvient-il. Puis, au moment de son atelier de présentation du projet de mémoire, le jury s’aperçoit que Mamadou a tous les outils pour poursuivre une thèse avec son sujet de recherche. Il lui propose donc de suivre un passage accéléré au doctorat.
C’est ainsi que son projet de DESS passe à celui d’une recherche doctorale.
L’accès à la justice sur la scène africaine
Inspirée de la réalité de son pays natal, sa thèse porte sur une entité propre au continent africain: la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples. «Il s’agit d’une juridiction régionale africaine qui se prononce sur toutes les violations des droits de l'homme sur le continent en application du protocole de Ouagadougou de 1998 et de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples de 1981», explique Mamadou.
Le problème, c’est que cette juridiction n’est pas accessible à toutes et tous. Les individus et les ONG ne peuvent pas lancer de procédure judiciaire à la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples sans avoir obtenu l’autorisation de l’État et rempli certaines conditions. «C’est la question de la qualité pour agir, autrement dit, le statut qu’il faut détenir pour saisir cette juridiction-là. Moi, j'étudie la façon dont cette limite à l'exercice du droit de l'individu sur la scène internationale pourrait se développer, se lever du point de vue juridique.»
Cet enjeu n’est pas propre à l’Afrique: le doctorant explique que plusieurs systèmes juridiques internationaux ont eu des accrocs quant à l’accessibilité à la justice. Mamadou explore aussi les systèmes qui peuvent se comparer à la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples – comme la Cour européenne des droits de l'homme et la Cour interaméricaine des droits de l'homme – puis analyse les solutions qu’ils ont mises en place pour pallier cet imbroglio.
L’engagement comme moteur, ici comme ailleurs
Avec sa thèse, Mamadou espère contribuer à l’ouverture du mécanisme juridique à tous et toutes ou, du moins, à l’effectivité de la protection des droits de la personne par cette juridiction supranationale.
Cet engagement envers la défense des autres ne guide pas uniquement ses recherches doctorales. Depuis son arrivée à la Faculté, le doctorant s’implique de toutes les façons possibles pour soutenir la communauté étudiante. Étudiant ambassadeur en droit, parrain de nouveaux arrivants pour le Bureau de la vie étudiante, mentor au Centre de soutien en droit aux cycles supérieurs et, cette année, président de l’Association étudiante des cycles supérieurs en droit de l'Université Laval (AECSDUL): quand il s’implique, Mamadou n’y va pas de demi-mesure.
Du côté de la recherche, il s’investit également avec le Centre interdisciplinaire de recherche sur l’Afrique et le Moyen-Orient (CIRAM) et la Chaire Jean Monnet en intégration européenne, tout en offrant des cours à distance dans une institution d’enseignement supérieur de son pays natal. «Ces implications, elles se justifient comme une poursuite de mes implications quand j’étais en Guinée. Je suivais un diplôme de 2e cycle, j’enseignais, je dirigeais un programme, j'étais investi aussi dans les associations… Arrivé ici, ça m'a paru tout naturel de m’impliquer.»
Ces implications, elles s’expliquent aussi en partie par le contexte de son arrivée au Québec. En janvier 2021, Mamadou atterrit en sol canadien, en plein hiver… et en pleine pandémie. «À mon université en Guinée, c’était très vivant, j’étais habitué à la chaleur humaine. En arrivant ici en 2021, j'étais complètement perdu. J'essayais de retrouver mes repères. Je ne connaissais pas la ville, les magasins, l’université, et tout était fermé». L’adaptation a été rude, mais sa résilience et sa capacité d’adaptation lui ont permis de s’intégrer à la communauté.
L’ambition d’aider les autres
C’est le souci d’aider les autres qui a poussé Mamadou à s’engager. «L’expérience que j'ai eue en arrivant, je n’aimerais pas que d'autres personnes la vivent». Que ce soit par les services du Centre de soutien ou par une petite discussion de corridor, il s’efforce d’aider et d’intégrer les nouveaux et nouvelles au mieux de ses capacités.
C’est aussi ce souci d’aider les autres qui guide son ambition, projet après projet, diplôme après diplôme. Que ce soit par l’enseignement, par la recherche ou par l’implication, Mamadou souhaite «faire en sorte que les expériences qui peuvent être améliorées soient améliorées». Il ne sait pas ce que lui réserve l’avenir, mais il souhaite évoluer dans un milieu où il pourra changer les choses.
Chose certaine, c’est qu’il est déjà solidement engagé sur cette voie.