Entre territoire et réflexion: le parcours de Valérie Kelly, doctorante

7 janvier 2026

Valérie Kelly a longtemps avancé portée par le mouvement: celui du sport, celui des voyages, celui des questions qui ouvrent des chemins inattendus. Aujourd’hui doctorante en droit, elle réfléchit aux enjeux qui façonnent nos territoires avec une sensibilité rare, nourrie d’expériences humaines riches et d’une volonté constante de comprendre.

Entre sport, liberté et découverte

Originaire de Québec et cadette d’une famille de trois filles, Valérie n’était pas prédestinée à un parcours juridique traditionnel. Adolescente, elle se reconnaît davantage sur les terrains de sport que dans les salles de classe. Et puis un jour, l’appel du monde se fait sentir.

Elle profite des longues vacances estivales pendant son parcours collégial pour partir à l’aventure: un premier voyage en Europe, puis un autre dans l’Ouest canadien.

Inspirée par la liberté et l’esprit d’exploration qui l’avaient marquée, elle décide de repartir au terme de ses études, portée par cet élan. Australie, Nouvelle-Zélande, Asie du Sud-Est: un an et demi de voyages qui lui font découvrir le monde et façonnent son regard. «J’avais envie d’explorer, d’être ailleurs. J’étais un peu dans l’esprit du film Into the Wild

Trouver sa voie par le droit international

À son retour, elle s’inscrit au baccalauréat en relations internationales et droit international (BRIDI) à l’UQAM. À travers ce programme, elle découvre un vif intérêt pour la pensée critique et le goût du débat nuancé. «Mes premiers cours à l’université ont été une révélation. J’aimais réfléchir, analyser, débattre… J’avais enfin trouvé un espace pour ça.»

Deux expériences marquent durablement son parcours. La première a lieu en Colombie, où elle réalise un stage en droits humains. L’intensité du terrain, les réalités vécues par ses collègues et les risques auxquels ils faisaient face la touchent profondément. «Je voyais mes collègues colombiens qui ne pouvaient pas simplement «rentrer chez eux» comme moi. Leur lutte était intimement liée au territoire, à un certain mode de vie, qu’ils cherchaient à protéger. Ça m’a fait beaucoup réfléchir.» Cette immersion ébranle ses repères et lui révèle une facette du travail qui, bien qu’essentielle, ne correspond pas à la place où elle se sent le mieux.

Peu de temps après, elle s’envole vers le Brésil, dans le cadre d’un échange étudiant. Une expérience différente, mais tout aussi formatrice. «J’ai suivi un cours qui portait sur les luttes locales à Rio de Janeiro. Nous sommes allés à la rencontre de diverses mobilisations visant à s’opposer aux directives étatiques qui avaient d’importantes répercussions sur les milieux de vie des collectivités. J’ai commencé à faire des liens avec ce qui se vit aussi au Québec, autrement mais avec des préoccupations semblables.» Ce séjour à Rio lui permet d’aborder les enjeux territoriaux sous un angle plus large, en reliant les réalités locales, les modes de vie et les transformations sociales à plus grande échelle.

Ces expériences, riches et parfois déstabilisantes, l’amènent à réfléchir à la suite. Elle souhaite approfondir sa compréhension des enjeux juridiques liés aux modes de vie, aux collectivités et aux territoires. Après l’obtention de son premier baccalauréat en 2015, elle choisit donc de débuter un second baccalauréat, cette fois-ci en droit. Plusieurs cours étant crédités, elle complète ce deuxième parcours en seulement deux ans – une période intense, marquée par une rigueur nouvelle et une motivation profonde d’aller au bout de son projet. «En droit, j’étais très concentrée sur mes objectifs. Je voulais terminer vite, bien, et me donner toutes les chances d’aller plus loin.»

Peu à peu, un fil rouge apparaît: le rapport entre les modes de vie, les communautés locales et les territoires.

Quand le droit devient un outil pour comprendre le territoire

Après son second baccalauréat, Valérie complète un stage en droit municipal et en aménagement du territoire dans un cabinet d’avocats à Saguenay. Si la région la charme, la vie de cabinet, elle, ne s’impose pas comme une évidence. Après son stage et de retour à Québec, Valérie entreprend une maîtrise en droit à l’Université Laval, sous la direction du professeur Patrick Taillon. Elle y explore la place des villes dans la fédération et s’intéresse à la constitutionnalité de la règle locale en aménagement du territoire – un premier jalon qui confirme son intérêt pour les enjeux municipaux et l’organisation du territoire.

Forte de cette expérience, elle poursuit ensuite au doctorat, cette fois sous la direction du professeur Patrick Taillon et la codirection de la professeure Marie-Claude Prémont, deux mentors qu’elle décrit avec beaucoup de respect. «Je suis vraiment bien entourée. Leurs approches sont différentes et complémentaires. Ça enrichit énormément ma réflexion.»

Son projet doctoral la ramène à une question à la fois juridique et profondément humaine : pourquoi, malgré un cadre législatif robuste, le Québec peine-t-il encore à freiner l’étalement urbain? «Aujourd’hui, dans une certaine mesure, l’étalement urbain est presque naturalisé. Or, cette manière d’habiter le territoire est relativement récente. Au Québec, elle remonte aux années 50-60, et symbolise quelque part, le passage d’une société rurale et traditionnelle à une société urbaine et moderne. Ces transformations sociales ont emporté un changement radical du mode d’occupation du territoire, qui n’est pas sans conséquences collectives.» Elle plonge alors dans l’étude du droit municipal, de l’autonomie locale et des mécanismes de planification territoriale, en naviguant entre les textes, les pratiques et les réalités vécues sur le terrain.

«Ce qui me stimule aujourd’hui, c’est de comprendre, de mettre les pièces du puzzle en place. La nuance me guide constamment. J’aime saisir les raisons derrière les positions, articuler les arguments, participer au débat de manière réfléchie.»

Un doctorat transformateur… et exigeant

Pour Valérie, le doctorat est autant une expérience intellectuelle qu’une expérience personnelle.
«C’est un exercice intellectuel de très haute voltige» reconnaît-elle. Avec le recul, elle admet avoir sous-estimé l’intensité du travail, l’ampleur des lectures et la patience nécessaire pour laisser mûrir une réflexion sur plusieurs années.

À cette exigence s’ajoutent les réalités plus concrètes du parcours doctoral: l’incertitude professionnelle, la précarité financière, la pression implicite de terminer. «Le vertige de l’après-thèse est réel. On veut enseigner, contribuer à la recherche, mais les postes sont rares. Et en même temps, le doctorat te transforme tellement que tu ne peux plus voir le monde comme avant.»

Elle décrit cette transformation avec une grande lucidité:
«Au début, ce qui te motive, c’est la volonté de comprendre. Puis, à un moment donné, ce qui devient stimulant, c’est de situer les débats, de les nuancer, de pouvoir prendre position de manière réfléchie. La recherche t’oblige à articuler des phénomènes complexes, à identifier les angles morts, et nécessairement, à ralentir. C’est complètement à contre-courant du rythme de vie actuel.»

Devenir mère en pleine thèse

La maternité vient aussi transformer son parcours, mais d’une manière qu’elle accueille avec beaucoup de douceur. Devenir mère au milieu d’un doctorat aurait pu sembler déstabilisant; pour Valérie, c’est surtout une source de joie profonde. «J’adore être mère. Je voudrais toujours être avec mon fils!» Le retour aux études, plus lent, se fait au rythme de cette nouvelle vie, entre équilibre à trouver et routine familiale. La recherche lui offre ici une flexibilité précieuse: elle peut modeler ses journées, préserver des moments importants, ajuster ses horaires avec son conjoint. «Je suis plus lente qu’avant, mais ma réflexion est plus riche. J’ai évolué.»

Accueillir la transformation

Si elle devait donner un conseil à celles et ceux qui hésitent à se lancer dans un doctorat, Valérie opterait pour l’honnêteté plutôt que pour les grands discours. Pour elle, le doctorat n’est pas qu’un projet académique : c’est une expérience qui façonne, qui bouscule, qui ouvre à d’autres façons de voir. Elle ne promet pas un parcours linéaire ni un chemin balisé. Elle invite plutôt à accueillir l’expérience, à se laisser surprendre, à accepter que le rythme soit lent, que la réflexion se construise au fil du temps. «Au fond, tu ne sais pas vraiment comment tu vas réagir avant de le vivre. Il faut être prêt à se laisser transformer.»

Entre rigueur, sensibilité et nuance, Valérie avance avec lucidité et douceur, portée par le désir de comprendre et de contribuer, à son rythme, avec une authenticité qui inspire tout son parcours.

La Faculté de droit remercie chaleureusement Valérie Kelly d’avoir partagé son histoire avec générosité et simplicité. Son regard fin, son engagement intellectuel et la sensibilité qu’elle apporte à l’étude du droit municipal et de l’aménagement du territoire enrichissent notre communauté et témoignent de la diversité des chemins qui mènent à la recherche.