Entre droit et nature: portrait de Rachel Nadeau, doctorante

1 avril 2026

Passionnée par la protection de l’environnement, Rachel Nadeau a toujours entretenu un lien étroit avec la nature. Originaire d’une ville aux effluves maritimes et amoureuse des animaux, elle grandit dans un environnement où le grand air fait partie du quotidien.

De fil en aiguille, c’est ce lien avec la nature qui la mènera là où elle se trouve aujourd’hui. 

En 2013, elle quitte Rimouski, sa ville natale, pour s’installer à Québec, un DEC en arts, lettres et communication en poche. Son penchant pour la création et le storytelling aurait pu la destiner à une carrière en littérature. Poussée par le mouvement étudiant de 2012 et les préoccupations environnementales qui en ont découlé, elle choisit une autre voie: le baccalauréat en droit, profil développement durable, à l’Université Laval. 

Dans son appartement au cœur de Sainte-Foy, elle commence déjà à se questionner sur la place de la nature au sein des grandes villes. Cette réflexion sur les espaces urbains et leur rapport à l’environnement s’imposera, quelques années plus tard, comme le fil conducteur de son parcours de recherche. 

Après son baccalauréat, Rachel ne se dirige pas immédiatement vers l’École du Barreau. Elle choisit plutôt de poursuivre ses études à la maîtrise en droit à l’Université d’Ottawa. Son mémoire se situe aux frontières du droit constitutionnel, du droit municipal et du droit de l'environnement. Étudier dans la capitale du pays l’attirait depuis longtemps et lui a permis de diversifier sa formation. 

Vient ensuite l’École du Barreau. Même si elle ne se projette pas vraiment dans une carrière en cabinet, elle tient tout de même à obtenir son assermentation pour exercer la profession d’avocate plus tard, si elle le souhaite. 

Au même moment, une occasion qu’elle n’attendait plus se présente. Rachel reçoit une offre d’Environnement et Changement climatique Canada pour un poste auquel elle avait appliqué pendant sa maîtrise. «Ça faisait tellement longtemps que j’avais postulé… j’avais oublié», dit-elle en riant. 

C’est ainsi qu’elle obtient le poste d’analyste des politiques au sein du ministère. Elle participe à l’élaboration de lois environnementales et travaille pendant deux ans et demi sur la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité. «Elle a été sanctionnée quelques mois avant que je commence le doctorat», se souvient-elle. 

Puis, vient le doctorat. Débuté en pleine pandémie, il marque aussi un retour aux sources: Rachel choisit de s’inscrire à l’Université Laval, mais de retourner vivre à Rimouski. C’est ce qui lui permet un meilleur équilibre entre ses études, sa vie personnelle, sa passion pour le plein air et sa fibre créative. Encore à ce jour, elle poursuit la rédaction de sa thèse à distance. 

Le processus peut parfois être isolant, reconnaît-elle. Mais la qualité de vie qu’elle gagne en vivant près de la nature et de ses proches en vaut la chandelle.

Codirigée par les professeures Paule Halley (Faculté de droit) et Geneviève Cloutier (École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional), sa thèse s’intitule Équité d’accès aux espaces verts urbains au Québec: Rapports entre le droit de l’aménagement du territoire et la justice environnementale

«Mon doctorat est à l'intersection entre ces deux domaines, le droit et l’aménagement du territoire. J'ai toujours eu une approche multidisciplinaire, mais je dirais qu'à la maîtrise, j’en avais une sans savoir que c’était ça. Au doctorat, je voulais avoir ce support-là des deux disciplines.»

Sa recherche s’articule autour d’une question centrale: le droit de l’aménagement contribue-t-il réellement à un accès équitable aux espaces verts dans la ville de Québec? Dans une perspective de justice environnementale, Rachel s’intéresse aux bénéfices et aux conséquences que les espaces verts peuvent avoir sur les populations. 

«De façon générale, ce qu’on remarque, c'est que certaines populations ont moins accès aux bénéfices environnementaux, comme les personnes défavorisées, immigrantes ou qui souffrent d’un handicap. Les espaces verts font partie de ces bénéfices. Généralement, si on est à proximité d'un espace vert, il y a plus de chance que ce soient des populations favorisées qui demeurent là.»

Au Québec, la justice environnementale demeure une perspective d’études encore peu explorée. Si plusieurs recherches existent au Canada et aux États-Unis, elles ont rarement été analysées sous l’angle du droit québécois. 

«Il y a une volonté d'augmenter des espaces verts dans les villes, mais je me demandais si l’on n’était pas en train de passer à côté de l'aspect socio-économique de l’enjeu. C'est bien beau d'augmenter les espaces verts, mais il faut aussi s'assurer que ça bénéficie à tout le monde et, surtout, aux populations qui en ont le plus besoin.»

Pour Rachel, la question des espaces verts est profondément liée au bien-être des communautés. «Quand tu vis à proximité d'un espace vert, il y a des effets positifs sur la santé physique et mentale. Tu as plus envie d'aller faire des activités à l’extérieur. C'est de plus en plus documenté.»

C’est aussi un sujet positif auquel les gens se mobilisent et se rallient naturellement. Ayant déjà travaillé sur des questions relatives aux changements climatiques, Rachel remarque très bien la différence entre ces deux branches du droit de l’environnement.

Au fil des années de recherche, ces réflexions se sont peu à peu structurées. Aujourd’hui, Rachel commence enfin à voir le fruit de ses efforts. «Je suis rendue au stade où ça commence à avoir du sens dans ma tête. Je tisse des liens entre les notions, les chapitres de livres, et je suis en train de développer un narratif plus concret pour ma thèse.» Si tout se déroule comme prévu, elle espère effectuer son premier dépôt de thèse à la fin de l’automne prochain. 

Et après? 

«C'est la question que les gens me posent le plus souvent: "qu’est-ce que tu vas faire, après le doctorat?" Souvent, je réponds que je ne le sais pas… et ça terrifie tout le monde», dit-elle en riant. 

Mais Rachel, elle, semble sereine. Son objectif est de demeurer dans sa région natale, mais elle est consciente que les occasions pourront se faire plus rares. 

Lorsqu’on lui demande quel conseil elle donnerait à celles et ceux qui envisagent un doctorat, sa réponse est simple: «Suivez votre propre rythme.» Certaines personnes multiplieront les initiatives et les projets de recherche, tandis que d’autres se concentreront sur leurs propres travaux. Certains publieront des articles, participeront à des conférences – d’autres, non. 

«Parfois, on a tendance à se comparer avec les autres, à se dire que l’on en fait trop ou pas assez. Mais, en fin de compte, je pense que l’important, c’est de s’écouter, de suivre son intuition et d’aimer ce qu’on fait.»

Et jusqu’ici, cette intuition semble l’avoir menée exactement là où elle devait être.